Histoire&polémiques

Des petits articles qui se proposent de faire le point sur tels ou tels aspects de notre histoire . Amateurs du politiquement correct, s'abstenir

Wednesday, October 17, 2007

Vendredi 13 octobre 1307 : arrestation des templiers

13 octobre 1307 !! Une date qui reste, pour tout médiéviste, à la fois un symbole et un mystère.

Ce vendredi 13 octobre 1307, les agents du roi de France Philippe IV dit le Bel arrête sur tout le royaume les chevaliers du Temple ainsi que le Grand Maître Jacques de Molay et tous les dignitaires de l’ordre.

Effroyablement questionnés, les templiers avoueront des crimes inouïs pour l’époque : reniement du Christ, crachat sur la croix, messe sans hostie, adoration d’une idole nommée Baphomet, Sodomie… Après 7 ans d’un procès très politique, Jacques de Molay est condamné au bûcher. L’ordre entre dans la légende.

Comment en est-on arrivé là ?

Historiquement, l’ordre est créé quelques années après la réussite de la première croisade. Vers 1114-1115, quelques chevaliers dirigés par Hugues de Payns, un champenois, décident, afin de protéger les pèlerins qui se rendent à Jérusalem. En 1120, ils prennent le nom de pauvre chevalier du Christ et établissent leur quartier général dans l’ancien temple de Salomon, qui sert également de palais au roi de Jérusalem, Baudouin II.

Rapidement, le succès est au rendez-vous. De toute l’Europe, les dons affluent. L’ordre se fait reconnaître par la papauté en 1129 et ne répond que devant elle à partir de 1139. La règle des moines soldats devient une curieuse osmose entre l’idéal monastique et les lois de la guerre. Un templier peut tuer, mais il ne peut prendre femme.

En 1291, la situation a changé. St Jean d’Acre vient de tomber. L’orient Franc n’existe plus. Les chevaliers du Temple ont été incapable d’empêcher les musulmans de rejeter les croisés à la mer tout comme ils avaient échoué contre Saladin un siècle auparavant à Hattin.

Mais entre temps, l’Ordre est devenu riche, très riche. En se servant des nombreuses commanderies, les membres font office de banque. Moyennant une commission, vous pouvez déposer votre argent à Bar-Aube et le récupérer en Anatolie.

Cette richesse ajoutée au sentiment d’échec en Terre Sainte vont exacerber les jalousies.

L’arrestation des Templiers est en fait l’aboutissement d’une lutte sans merci entre Philippe le Bel et la papauté. En 1302, par exemple, les envoyés du roi, dont Guillaume Nogaret ont violenté le pape Boniface VIII à Anagni. Celui-ci ne s’en remettra pas.

De plus, la situation du royaume est catastrophique d’un point de vue financier. Les visées centralisatrices de Philippe IV coûtent très cher au Trésor. L’idée de récupérer l’immense fortune des Templiers est alors très tentante.

Durant le mois de septembre, (le 14) les différents agents du roi reçoivent une lettre cachetée qu’ils ne peuvent ouvrir qu’à une date précise. Tout possibilité de fuite est donc écartée. Le 13 octobre, la mission est enfin précisée. Il faut arrêter les Templiers, l’ordre doit être décapité. Pour cela le roi se sert de la rumeur

Rapidement, les aveux « spontanés » et une campagne habile de diffamation de l’Ordre retournent la population contre les chevaliers. La perte récente de St Jean d’Acre ne fait qu’ajouter au ressentiment. Clément V tente bien de bloquer la procédure mais, sous la pression, de Philippe le Bel, il doit renoncer.

Dès 1310, 54 templiers sont brûlés à Sens le 12 mai. 4 ans plus tard, c’est le grand maître de l’ordre, Jacques de Molay qui périt à Paris, sur ordre du roi de France. L’ordre n’existe plus et une bonne partie de ses richesses a été transférée aux hospitaliers.

On a écrit énormément sur le Temple. Des romans comme Les rois Maudits (un chef d’œuvre littéraire qui vient d’ailleurs de faire l’objet d’une excellente analyse par Colette Beaune et Eric Le Nabour). Des milliers d’articles, des milliers de livres. L’un des tout dernier est l’œuvre de Damien Carraz. Intitulé L’ordre du temple dans la basse vallée du Rhône, c’est une synthèse magistrale qui se veut une « biographie » régionale de l’ordre. Damien Carraz a également participé au numéro de septembre d’Historia consacré à la fin des Templiers.

Au-delà du procès, on s’aperçoit que de nouvelles questions apparaissent. Ainsi, le manichéisme est nettement moins de mise. On ose désormais dire que Jacques de Molay s’est mal défendu, que certains crimes reprochés n’étaient pas forcément tous issus du cerveau fécond des inquisiteurs, que l’Ordre n’était pas forcément destiné à survivre dans sa forme de l’époque et qu’une alliance avec les hospitaliers aurait pu éviter un drame. En fait, les Templiers semblent avoir été victimes de certains de leurs rites d’introduction, quelque peu ésotérique (le fameux baiser sur l’épine dorsale). On relativisera donc la « culpabilité » des templiers. En aucune manière, ils n’étaient les hérétiques décrits pas les inquisiteurs. Ce qui est certains , c’est que leur mauvaise réputation les a finalement perdue. Que cette réputation soit injustifiée , à priori, n’a eu que peu d’importance en 1307. Il fallait que les Templiers soient coupables.

Depuis 700 ans, on a écrit tout et n’importe quoi sur le Temple. J’ai pu lire, par exemple, que leur richesse venait de leurs fréquents voyages en Amérique où ils exploitaient des mines d’or (Jean Charpentier, le Mystère des Templiers). Le mystérieux trésor est l’objet de bien des fantasmes, utilisé par le Da Vinci Code ou bien des films d’aventures comme le très bon Benjamin Gates et le trésor des templiers.

On a chuchoté que le trésor avait été découvert par le curé de Rennes le château, ou qu’il avait été dispersé en Angleterre.

L’ordre a alors quitté l’histoire pour entrer dans la légende.

Les Templiers garde cette odeur de souffre car ils ont disparu tragiquement dans ce que l’on peut considérer comme l’un des premiers procès politiques de l’histoire.